Numéro 298 - Spécial "Al Boraq : la grande vitesse au Maroc"

Novembre 2019

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Sommaire

Un projet, signe du renouveau des chemins de fer marocains

En retenant, en 2003, le principe d’une construction d’une ligne à grande vitesse, le Maroc s’est engagé sur un projet ferroviaire entraînant un saut technologique et de performance déjà testé en Europe et en Asie. La mise en service commercial, le 26 novembre 2018, a concrétisé ce pari audacieux. Entre ces deux jalons, l’ONCF a dû faire de nombreux choix techniques, économiques et organisationnels. L’un des principaux a été celui du partenariat MOA/AMOA avec la SNCF. La direction de projet a conçu une organisation efficace recourant à de nombreuses expertises et savoir-faire. Ce partenariat a permis à l’ONCF d’acquérir les savoir-faire nécessaires pour exploiter dans de bonnes conditions cette première LGV d’Afrique. 80 % des travaux de génie civil ont été réalisés par des entreprises marocaines. Le partenariat entre l’ONCF et la SNCF s’est étendu à la création d’un institut de formation (l’IFF) et à la création d’une co-entreprise de maintenance des rames à Grande Vitesse.

L’infrastructure de la LGV Al Boraq

La construction de la nouvelle infrastructure ferroviaire entre Tanger et Kénitra s’inspire de l’expérience française de construction des lignes à grande vitesse. Cependant, aucun chantier n’est identique au précédent ; la réalisation de cette nouvelle ligne a conduit les ingénieries françaises et marocaines à faire face à des défis techniques peu conventionnels, les amenant à étendre le spectre de leur savoir-faire. Quatre défis bien particuliers ont été relevés (la stabilité des ouvrages en terre avec la présence de matériaux pélitiques, les vents traversiers, le risque sismique et la mise en place d’ERTMS niveau 2 sans back-up). Ils sont développés dans les six articles de ce dossier ainsi que les solutions apportées pour rendre cette infrastructure sûre et efficace.

Al Boraq : les rames à grande vitesse marocaines

L’ONCF, l’Office National des Chemins de Fer du Maroc, a commandé 12 rames à Grande Vitesse Marocaines à la société Alstom Dans ce dossier l’ONCF expose les principales raisons qui ont motivé le choix de l’Euroduplex, comment il a piloté son projet d’acquisition, de suivi et de validation des évolutions techniques nécessaires à leur circulation sur son réseau et la manière dont il va faire assurer leur maintenance par la co-entreprise SIANA. Alstom apporte son éclairage sur les enjeux industriels de leur réalisation et l’ingénierie SNCF sur des sujets techniques qui ont fait l’objet d’une assistance à maîtrise d’ouvrage.

La ligne Al Boraq : essais et homologation

La campagne d’essais, visant à la fois l’homologation d’un nouveau matériel roulant et d’une ligne nouvelle, a constitué une aventure de plus d’un an de février 2017 à juin 2018. Les 500 circulations d’essais en vitesse et survitesse, mobilisant des centaines de collaborateurs, ont permis la formation de nombreux acteurs marocains, dont les conducteurs, qui seront les futurs experts de la circulation en essais au Maroc pour les prochains trains spéciaux et trains d’essais. Certains d’entre eux peuvent être fiers d’avoir participé au record officiel de vitesse africain, porté à 355,7 km/h le 27 avril 2018. 

La MOA ONCF et son AMO SNCF sont parvenues à fédérer tous les constructeurs autour d’un challenge unique : réussir l’homologation de la ligne et du matériel roulant en optimisant le programme des essais. 

Par son action, l’ONCF a réussi à dépasser les objectifs individuels de chacun pour les porter au bénéfice de cette homologation globale, en garantissant, objectif suprême, la sécurité des circulations d’essai et du personnel impliqué dans ces marches.

Exploitation et maintenance de la ligne Al Boraq

L’exploitation de la ligne et sa maintenance ont été des préoccupations prises en compte très tôt dans l’instruction du projet. La transmission d’un savoir-faire, la formation du personnel, l’acquisition des outils et moyens, la rédaction du corps de réglementations et de consignes ont dû être anticipées très en amont pour obtenir une gestion des lendemains de mise en service « sans couture ». Les deux dossiers qui suivent développent ces anticipations nécessaires à l’importante conduite du changement à laquelle les chemins de fer du royaume chérifien ont dû faire face.

Innovations marocaines : l’offre commerciale et les gares nouvelles

À l’occasion de la mise en service de la LGV Maroc, l’ONCF a porté une attention particulière à deux vecteurs de modernité et de renouveau des chemins de fer marocains : l’offre commerciale qui multiplie les innovations commerciales tout en rendant le train accessible à tous, et la construction de quatre gares nouvelles. Ces dernières allient le besoin fonctionnel (lieux d’accueil et de transit des voyageurs et lieux de réception des trains), et leur insertion dans la vie économique et sociale des zones desservies. Ces gares sont emblématiques grâce à une architecture moderne et empreinte de la culture marocaine, et en font des signes visibles de l’identité marocaine au XXIème siècle. Les deux articles qui suivent portent ainsi sur l’offre commerciale et sur les gares nouvelles.

Et après ?

Le projet marocain a ouvert un nouveau chapitre de la Grande Vitesse Ferroviaire, faisant passer la Grande Vitesse à une échelle géographique qui n’est plus limitée à quelques pays d’Europe, au Japon et à la Chine. L’avenir de la Grande Vitesse Ferroviaire doit cependant vaincre des préjugés négatifs (sur son utilité…) et être soutenu à long terme par des choix politiques difficiles, intégrant des enjeux environnementaux. Le 12ème congrès mondial de la grande vitesse au Maroc, en 2022, congrès qui succédera au 11ème congrès, organisé à Pékin, en 2020, axé sur la volonté d’« augmenter la mobilité intelligente ». La construction puis la mise en service de cette LGV sont des signes très positifs aussi bien pour le Maroc et l’Afrique, que la France et la SNCF, ainsi que pour tous les pays qui n’ont pas encore atteint le stade de la GVF et qui ont parfois été contraints d’abandonner provisoirement des projets qui ont pourtant du sens.