Numéro 285

Septembre 2018

Prix Version Papier : 16.00 €
Prix Version Numérique : 16.00 €
Prix Bimédia : 29.00 €

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Éditorial

Le transport ferroviaire a ceci de particulier qu’il est un service qui se crée et se consomme simultanément dans le temps présent. On pourrait penser qu’il est éphémère : disparu dans le passé, inexistant dans le futur. Cela est vrai de la prestation, encore que le voyageur et la marchandise ne se trouvent pas au même endroit entre le départ et l’arrivée. Mais évidemment, il n’en est rien quant à l’outil de production et dans la vie de tous ceux qui s’y consacrent. En effet, ce numéro de votre revue montre comment le chemin de fer imprime sa trace dans la vie du pays, depuis ses racines dans son histoire industrielle, jusqu’à se projeter au milieu du XXIe siècle. Curieusement, une réflexion sur ce découpage chronologique, avant, pendant, après l’instant présent, conduit à observer que l’histoire ferroviaire, à l’inverse d’étapes successives où chacune efface celle qui lui précède, assimile remarquablement bien l’ancien et le moderne dans une permanente actualité.

Le passé, c’est l’actualité. Ainsi pourrait-on qualifier les JEP, journées européennes du patrimoine, en ce mois de septembre. Des rotondes de dépôts de locomotives, tantôt inutilisées, tantôt encore au service de l’exploitation ferroviaire, sont maintenant monuments historiques, c’est-à-dire sauvegardées pour l’avenir. L’arrêt sur image vous en fait apercevoir quatre sur les huit ; c’est la participation de la RGCF aux JEP. Les 80 ans de la nationalisation des chemins de fer français ne sont pas une rétrospective nostalgique ; le passé-présent aborde la place qu’occupait alors cette réforme dans le milieu des cheminots. C’est une version historique des préoccupations toujours actuelles. Le livre sur le métier méconnu du grand public des aiguilleurs, de 1830 à nos jours, est l’exemple parfait de la permanence du chemin de fer dans ses missions, mais dans des conditions de réalisation radicalement transformées à travers les années, voire presque les siècles.

 L’actualité, c’est à la fois le passé et l’avenir. Le dossier sur la régénération des voies dans les zones densément utilisées concilie ce qui existe, ancien au surplus, et ce qu’il est indispensable d’entreprendre pour les années à venir. Celui sur le télédiagnostic du matériel roulant s’appuie sur l’Internet des objets, résolument axé sur des technologies en plein développement. Les métiers de l’industrie et de l’exploitation ferroviaires demeurent inchangés dans leurs objectifs de qualité et de sécurité du service. Parallèlement, ils changent fondamentalement dans la façon de les exercer.

Le futur, c’est un sujet d’actualité. Quel sera le chemin de fer dans trente ans ? Il ne s’agit pas de le décrire comme s’il devait résulter d’une planification impérative. C’est davantage une réflexion qui tend à s’interroger avec humilité. Il y a trente ans, imaginait-on exactement quel serait le système ferroviaire actuel ? Ce pourrait être une observation pour les réformateurs : le chemin de fer change, il trace sa route vers le futur, discrètement et obstinément, à sa façon, selon les opportunités technologiques et les embûches commerciales et administratives.

Finalement, ou plutôt rétrospectivement, le transport ferroviaire évolue en tablant sur sa permanence, à la lumière de son expérience, des possibilités du moment présent et des interrogations qu’il se pose sur ce que peut lui réserver le lendemain. Dans ce numéro de la RGCF, les sujets couvrent deux cents ans de vie du chemin de fer.

 

Bonne lecture !

Pascal Lupo

Rédacteur en chef